Allocution du Patriarche Card. Béchara Boutros RAI à l'occasion de la Sainte Messe aux intentions de la France Lundi de Pâques

الإثنين ١٧ نيسان ٢٠١٧

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Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs de la Mission Diplomatique Française au Liban,

Chers amis,

 

1. Je suis heureux de vous accueillir, au nom de Sa Béatitude le Cardinal Nasrallah Pierre Sfeir et de toute la famille patriarcale, avec vos collaborateurs et collaboratrices, en ce jour de Lundi de Pâques, perpétuant par là une tradition séculaire de relations privilégiées entre la France et le Patriarcat maronite. Nous venons de célébrer la liturgie pascale aux intentions de la France, de l’amitié franco-libanaise, et spécialement franco-maronite. Cette amitié indéfectible a eu l’occasion de se manifester à plusieurs reprises dans l’histoire, et il n’y a pas de doute que dans le cœur de chaque maronite il y a une fibre sensible pour la France, et dans le cœur du peuple français, le Liban et les Maronites ont une place spéciale.

2. ce qui fait qu’il ne s’agit pas là d’un simple devoir protocolaire, mais plutôt d’un sentiment naturel qui nourrit nos relations mutuelles. Celles-ci sont enracinées dans l’histoire, sont basées sur un échange spirituel et culturel, et sont munies contre toute crise de fond le long de leur long cheminement.

 

 

 

 A la lumière de la fête de Pâques, nous pouvons dire que ces relations libano-françaises sont dans une permanente résurrection et qu’entre le Patriarcat et la Nation française existe une union de conscience que rien et personne ne pourront perturber.

3. A notre époque, plus que jamais, nous avons besoin de  renforcer notre amitié, et de lui donner les possibilités de se manifester plus souvent. Un adage libanais connu stipule que "les amis sont pour les jours difficiles".

Je voudrais exprimer ici notre reconnaissance aux efforts déployés et aux initiatives entreprises par la France en faveur du Liban : son rôle médiateur durant la période de la vacance présidentielle et de la paralysie des institutions constitutionnelles, son patronage aux activités culturelles francophones, sa participation aux Forces Internationales (FINUL), son soutien à l’armée libanaise et l’accueil de Libanais qui cherchaient une vie meilleure et qui pouvaient contribuer à l’essor de la société française aux niveaux des sciences, de la culture, de l’art de l’économie, de la médecine, de la politique et d’autres.

Quant à nous Libanais, à part notre fidélité, nous partageons par la prière et les souhaits votre démarche nationale pour l’élection d’un nouveau Président de la République qui puisse répondre aux attentes du Peuple français et être à la hauteur des défis actuels que la France confronte. Je voudrais en cette occasion exprimer mes remerciements à Monsieur le Président François Hollande pour tout l’intérêt qu’il a donné à la cause libanaise et pour les trois rencontres chaleureuses qui nous a unis.

4. Le Liban est fier de sa francophonie, en tant qu’elle est une culture et une civilisation, lesquelles se traduisent dans les principes de liberté, fraternité et égalité. La France est à la fois fille aînée de l’Eglise et mère de la laïcité. Quand elle a soutenu mon prédécesseur le Patriarche Serviteur de Dieu Elias Howayek dans son démarche pour la création de l’Etat du Grand Liban en 1920, la France était un Etat laïc, c’est-à-dire un Etat des Droits de l’Homme. Notre combat commun était et reste un combat pour les droits de tout homme et de tous les peuples de l’Orient.

La France ne soutenait pas alors les chrétiens du Liban en tant que communauté religieuse, mais en tant que peuple riche en valeurs et porteur de la flamme de la liberté en cet Orient et du projet de convivialité des religions et des cultures.

5. Aujourd’hui, le Liban est en danger, parce que d’une part il subit les conséquences directes et indirectes des guerres et du terrorisme qui sévissent en Iraq, en Syrie, au Yémen, et de l’autre parce qu’il est noyé dans la marée d’un million et demi de déplacés syriens, qui viennent s’ajouter aux cinq cent mille réfugiés palestiniens, sans compter les Irakiens. Ces deux millions constituent un poids énorme sur le plan économique, une menace très sérieuse sur le plan socio-culturel, et une bombe à retardement sur le plan sécuritaire et politique. Le tout ne fait qu’accroître le fléau de l’émigration des forces vives libanaises.

6. Tous ces problèmes, et bien d’autres, ne vous sont pas étrangers, Monsieur l’Ambassadeur, vous les vivez tous les jours, et vous réalisez combien la France est sollicitée pour jouer un rôle important et distingué dans la région, en tant que grande puissance, membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, et membre essentiel de l’Union Européenne.

Il faut à tout prix travailler à mettre fin à la guerre en Syrie et en Iraq, et y trouver une solution pacifique qui permette la réintégration de toutes les composantes de la société syrienne et irakienne, et la sauvegarde de la variété religieuse, ethnique et culturelle qui fait la richesse de ces deux sociétés. Seule une solution pacifique peut permettre le retour en Syrie et en Iraq des millions de citoyens qui ont dû s’expatrier, dont ceux qui ont été accueillis au Liban. Notre pays ne peut porter tout seul le poids de ce drame, ni attendre la solution définitive en Syrie et en Iraq. Il faut donc trouver des solutions intermédiaires et partielles, comme celle de créer des zones sécurisées en territoire syrien où les déplacés syriens au Liban pourraient s’installer. Une telle solution doit être confiée à la communauté internationale. La France peut y jouer un rôle initiateur et déterminant.

Sur ce, je lève mon verre pour le bien de nos deux chers pays, la France et le Liban.

                        Vive la France ! Vive le Liban !




PHOTOS:Patriarch Rai_Easter Monday_Bkerki_17.4.2017 

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